11 – Shanghai

J22 : Shanghai

Cinq jours complets à Shanghaï ! C’est la première fois que nous disposerons d’autant de temps pour parcourir une ville. Mais au soir de cette première journée, nous avons pris la mesure des espaces et des richesses de cette ville de… 25 millions d’habitants ! En bref, malgré une troisième grasse matinée d’affilée, nous sommes à nouveau sur les rotules ce soir. Reprenons depuis le début !

Hier soir donc, nous frappons chez le voisin d’en face, Lao Liu, qui a les clés. Il a la même maison que celle qui nous est prêtée par la fille d’un de nos amis du groupe « sexygénaires ». Il sait donc où sont l’électricité et le chauffage. L’agence de location a aussi envoyé une femme pour nous accueillir. Il est 21h30, mais cela ne semble déranger personne !

La maison date des années 30. Elle est située au cœur ‑ et date des belles heures ! – de la « Concession Française » de Shanghaï, ce système d’extra-territorialité imposé à la Chine par les puissances occidentales par le traité de Nankin (1842), qui perdurera jusqu’à la révolution de 1949. De la terrasse du 3ème étage, on contemple les toits environnants et les tours qui entourent l’ilôt ;

913 Yan’An ZhongLu, Porte 17

au pied de ces tours, un petit bout de quartier subsiste presqu’inchangé depuis bientôt un siècle,

913 Yan’An ZhongLu, Porte 17

avec sa vie très chinoise.

913 Yan’An ZhongLu, Porte 17

A deux pas d’ici, le jardin Jing’An accueille les incontournables joueurs de cartes ou dames,

Le Jardin Jing’An

tandis que le rutilant ensemble bouddhiste du Temple Jing’An, dont la construction actuelle remonterait aux Qing, se fait tenir la dragée haute par les immeubles qui l’entourent.

Le Temple Jing’An

Entre « notre maison » et le temple passent deux autoroutes empilées l’une sur l’autre de 2×3 voies chacunes… !

Trois stations de métro plus loin, nous arpentons le marché de Tianzifan, présenté comme « authentique » par nos guides (LP, Michelin…), mais qui ne soutient pas la comparaison avec ceux de LuoYang ou PingYao.

“Nettoyage des oreilles selon les méthodes orthodoxes et professionnelles de notre immuable héritage culturel”

Ici, sur la pancarte ovale à droite, il vous est promis un “Nettoyage des oreilles selon les méthodes orthodoxes et professionnelles de notre immuable héritage culturel” (photo 6).

Après que Véronique ait craqué pour faire ses provisions de thé,

Achat de thés

nous reprenons le métro pour l’extraordinaire jardin Yu Yuan,

Le Jardin Yu Yuan

survivant d’un jardin privé au cœur du « quartier chinois ». Ici, tout est symbole,

Le Jardin Yu Yuan

mais je ne vous casserai pas les pieds ce soir avec toutes mes histoires !

Nous terminons enfin notre journée par une marche vers le célèbre « Bund », ce quai qui borde la rivière HoangPu, creusée, dit-on, du temps des Royaumes Combattants (-475/-221). Nous y arrivons juste à temps pour voir s’éclairer unes à unes les immenses tours qui ont poussé de l’autre côté du fleuve, dans le quartier du Pudong.

Pudong vue du Bund. Au-dessus de ma tête, la Shanghaï Tower fait 632 m de haut, et le décapsuleur à sa gauche, World Financial Center, 492 m

Et puis, et puis… grande première, ce soir, nous dînons A LA MAISON !

A bientôt !

Poème de route n° 22” :

Mais que c’est grand Shanghai, ils sont 25 millions
Résidents de cette ville qui a su se faire un nom
Comme étant le moteur de l’ouverture chinoise
Au commerce mondial dont elle est une base.
Les immeubles ici sont très démesurés
Ça frime sur la hauteur et aussi la beauté
Illuminés la nuit, signés des plus grands noms
Ils vont gratter le ciel sans crainte des typhons.
À leur pieds quelques restes du Shanghai historique :
Le quartier chinois  refait à l’identique,
La concession française, son air un peu bohème
Qui fleurent l’occupation au début du XX°.
Nous sommes hébergés à Simingcun Village
Lilong des années trente, typique de son âge,
Où Charlotte et Matthieu sont les seuls étrangers
De ce lotissement où autrefois vivaient
Des familles chinoises partageant le même toit,
Une famille par pièce, peu intime, ma foi !  
Après quelques marchés envahis de touristes
Dont plein d’occidentaux, plus qu’en tout autre site
Nous avons fait le tour du très beau jardin Yu
Combinant les rochers, les kiosques et les rûs.
La journée se termine sur le célèbre Bund
Où chacun s’extasie des immeubles de Pudong
Qui s’éclairent un à un pendant le crépuscule
C’est-à-dire à 5 heures par un froid qui stimule
Le vent souffle du nord, il est temps de rentrer
Au chaud dans  la maison généreusement  prêtée.
Bernard

J23 : Shanghai

Il pleut ce matin sur Shanghai ! Vous savez, ce temps gris, gluant, collant, humide, avec une pluie fine qui mouille et glace après avoir dévoré toute la lumière. Il y a un petit vent pervers qui a chassé le « smog » auquel nous nous serions attendus, et seules les tours les plus hautes arrivent à se perdre dans le bas plafond. C’est d’une tristesse insigne ! Et dire que c’est à ce temps pourri que nous avait été promis pour les quatre semaines du voyage. Je crois que nous n’aurions pas résisté, ni physiquement, ni mentalement : encore une fois merci à nos anges gardiens !

Petite gastro pour Véronique et Philippe… la première reste comater à la maison, et le trio qui reste essaye le trolleybus pour aller « Place du Peuple », où, nous dit-on, il se passe toujours quelque chose. Il n’y a personne, absolument personne sur la Place du Peuple sous la pluie, et nous nous réfugions dans le célèbre Musée de Shanghai.Bonne surprise : il y a surtout des objets que nous n’avions pas encore vus, par exemple une salle consacrée à la peinture chinoise,

« Paysage » par Ni Tian, peintre de Shanghai, 1890

ou bien une autre dédiée à tous les objets propitiatoires fabriqués depuis les temps les plus anciens à partir du jade ; chaque forme façonnée vise une invocation différente : huang, bi, cong, huan, fu, zhang, ge, zun… sont tous des sortes de porte bonheur toujours très prisés aujourd’hui.

Bi, Liangzhu, ca 2800 BC

Un petit tour devant l’Opéra de Shanghai, œuvre de l’architecte français Jean Marie Charpentier (1939-2010), mais la programmation y est strictement occidentale ( !) et les places entre 650 et 1.700 yuans….

L’Opéra de Shangaï, architecte Charpentier

Et puis enfin, autour de la place du Peuple vers la rue de Nankin, voici enfin quelques forêts de parapluie multicolores.

Rue de Nankin

Nous espérons qu’une bonne sieste va nous remettre sur pieds pour aller demain à Suzhou ! La pluie devrait s’arrêter… et la température devenir négative !

Affectueusement à tous !

Poème de route n° 23” :

Ça devait arriver, il pleut fort sur Shanghai
23 jours de ciel bleu, une veine de canaille,
Plus 2 jours de brouillard : pour une grande hivernale
Il n’y a rien à redire, c’est même pas si mal !
Par ce temps, les Perrin ont baissé de moral
Ça s’est traduit en fait par une fontaine nasale
Et une vieille  migraine qui vous casse la tête
Bref c’était un jour sans et non un jour de fête
Nous entendons d’ici les jaloux, les prudents
Les ‟J’vous l’avais bien dit″ rire de toutes leurs dents
Nous pensons au contraire qu’on a eu bien du pot
Et qu’une pluie d’hiver n’étonne que les sots.
Ne croyez pourtant pas que nous n’avons rien fait.
Outre quelques achats, on a vu deux musées
Le plus grand de Shanghai qui est plein de merveilles :
Sceaux, meubles et peintures mais surtout très beaux jades
Les Chinois en sont fous, ce vert parle à leur âme ?
Puis le très futuriste Musée de l’Urbanisme
Qui décrit cette ville dans un très beau graphisme :
Hier avec photos de l’époque d’Émile
Aujourd’hui où, comment aménager la ville
Enfin, très futuristes, leurs projets pour demain
Maquettes et 3D  montrent en un tournemain
Ce que sera Shanghai en 2040
Les moyens sont en place, l’ambition apparente.
L’opposé de chez nous où pour le Grand Paris
Nos politiciens à l’esprit riquiqui
Laissent le développement à ces cités d‘Asie
Par leurs chicanes idiotes et leurs vieux parti-pris.
À Shanghai ça se voit, la France est dépassée
Dire que dans 4 jours nous devrons y r’tourner !  

J24 : Shanghai

La lumière n’est pas revenue, mais la pluie s’en est allée. Suzhou sera pour demain, tous les trains étaient complets. Et Véronique va un peu mieux… de quoi nous encourager à arpenter de nouveau les rues de Shanghai. D’abord dans « notre » quartier, celui de la « Concession Française »,

Les plats à dimsum s’empilent rue Julu ; ces espèces de raviolis se dégustent à toute heure du jour.

Après l’ancien « Centre Sportif Français », la rue HuaHai, très commerçante – qui n’est autre que l’ancienne avenue du Maréchal Joffre – nous filons en métro vers la rue de Nankin,où les vieilles maisons survivent au pied des gratte-ciels. Et bientôt, nous sommes à nouveau sur le Bund, pour le visiter cette fois de jour.

Nous croisons en ce samedi de nombreuses mariées qui se font photographier devant cette inoubliable scène que représentent les tours de Pudong, de l’autre côté du HoangPu.

Vers le Nord, le Bund se termine au Waibaidu Bridge (1908), pont métallique « en dos de chameau » qui enjambe la rivière Wusong, et donne accès au quartier de Hongku, et, juste derrière, au consulat de Russie et à un bel immeuble art déco.

Le Waibaidu Bridge

Nous passons ensuite en revue cette impressionnante collection d’immeubles du début du XXème s. qui bordent le Bund, et font sa célébrité. Aucun n’est accueillant pour les visiteurs, et nous devrons nous contenter d’intrusions sous l’oeil rébarbatif de cerbères et, pour les intérieurs, de photos volées !

The International Opium Commission, Hôtel de la Paix Sud (1908) – Peace Hotel

Dans cet immeuble du Bund, le Peace Hotel, se tint en 1909 une conférence internationale « sur l’opium » qui finit par mettre fin en 1912 à l’importation contrainte et forcée de cette drogue par les Anglais en Chine (Architecte W. Scott, 1908). Avec un jardin sur le toit, ce fut le 1er hôtel de Shanghai doté d’un ascenseur (Otis). Sun Yat-sen y célébra sa victoire à l’élection présidentielle (1911) et son beau-frère Tchang Kaï-Chek son mariage (1927) !

Bank of China (Palmer & Turner, 1934-1946), voisin de Sassoon House.

Et celui-là, c’est toujours la Banque de Chine qui l’occupe, avec des bureaux qui semblent toujours dans le jus de l’époque de sa construction (1934). Il est mitoyen de la Sassoon House, construite cinq ans plus tôt par les frères Sassoon ; ceux-ci, d’origine séfarade irakienne surnommés les “Rotschild de l’Est”, avaient notamment fait fortune au siècle précédent avec le quasi monopole de l’importation de l’opium… et ils étaient encore, dans les années trente, en position d’interdire à la nouvelle Banque de Chine d’avoir un gratte-ciel plus haut que le leur ! Mais les Chinois – et leurs célèbres architectes Palmer & Turner – tinrent tête, et les Sassoon durent réhausseur leur Sassoon House d’un toit pointu pour garder la tête haute!

Derrière Véronique les toits – pointu et plat – des immeubles Sassoon et Banque de Chine

Derrière la tête de Véronique la “tour” de la Bank of China devant la “Sassoon House”

Custom House

Quant aux bureaux de la Custom House (1927), ils donnent une fière image de l’importance des Douanes dans le commerce chinois,

Shanghai Pudong Development Bank

tandis que ceux de la Shanghai-Pudong Development Bank (1923) semblent tout droit sortir, poussiéreux, des années qui l’ont vue naître alors qu’elle fait face, de l’autre côté du HoangPu, à l’extraordinaire développement de Pudong.

Nous rentrerons « à la maison » par la Fuzhou Road, où subsistent d’invraisemblables contrastes entre le vieux et le nouveau Shanghai !

A demain !

Poème de route n° 24” :

Je serai bref ce soir car il est déjà tard
La faute à un programme qui cumule les retards
C’est très souvent  le lot à la fin d’un voyage
Quand on n’a pas tout vu ni bouclé ses bagages.
Nous étions sur le Bund presque toute la journée
Où il y avait défilé de futures mariées
Vous verrez les photos, c’est assez convenu
Des rouges et des blanches pour varier les tenues.
Faible compensation  de ce mini-poème
Je joins à mon envoi un tableau pour vous-mêmes,
Vous serez incollables sur nos exploits chinois
Ou vous ne lirez pas, je vous laisse le choix.

J25 : Shanghai

Seconde journée de pluie à Shanghai, fine, avec quelques averses, qui a mangé toute la lumière et fait sortir les parapluies, mais ne nous a pas empêchés de “faire notre boulot” de touristes. Même Véronique a commencé à sortir de sa gastro en nous accompagnant toute la matinée dans une déambulation dans l’ancienne « Concession Française », qui est le seul quartier de Shanghai à en avoir conservé la dénomination dans la toponymie locale. L’album Tintin “Le Lotus Bleu” (1935) en donne une bonne description !

Nous y avons visité plusieurs “lilongs”, ces lotissements datant pour la plupart des années 30 qui sont une fusion de normes françaises et chinoises en matière d’habitat, et dont il reste quelques traces de leur environnement verdoyant

Shaaxi Nan Lu – Lilong

Lilong Shaanxi Nan Lu

Petit halte dans un merveilleux magasin familial de thé, où, pendant que Véronique et Marie hument, goûtent et marchandent avec les “jeunes”, dans la pièce à côté, le vieux père offre cérémonieusement le thé devant sa collection de théières :

Marchand de Thé Ruijin 2 Lu

Quelques pas plus loin, nous faisons une grande halte dans la “maison de Sun Yat’sen”,

Maison du Dr Sun Yat’sen

ce héros de la République de Chine qui mit fin à la dynastie mandchoue des Qing (1912), dont la belle-sœur épousa le général Chang Kai-Shek, et qui sut rencontrer le jeune Mao Tsé Zédong dès 1924, alors que son « parti communiste » était interdit. Il décéda malheureusement dès l’année suivante, mais est célébré aujourd’hui comme le Père de la République. Son épouse Soong Qingling, chrétienne, continuera à vivre longtemps dans cette charmante maison historique. Nous mettrons Véronique dans un taxi pour qu’elle puisse compléter sa guérison au chaud et au sec « à la maison » :

Après avoir traversé le Parc Fuxing, ancien « Parc Français » dont les allées rappellent les jardins du Luxembourg,

Parc Fuxing, ancien “Parc Français”

et déjeuné pour l’équivalent de 1 euro chacun d’une délicieuse soupe aux dimsuns dans une gargote en partageant la table de nos voisins, nous filons à nouveau, sous une pluie qui devient battante,

Renmin Lu

vers le Bund, pour y prendre le ferry qui traverse le HoangPu : la forêt des immeubles de Pudong, la tête dans les nuages, a du mal à se dégager du brouillard !

Et une fois arrivés sur l’île de Pudong, nous pouvons enfin contempler ces immenses tours de leurs pieds.

la Shanghai Tower (632 m), écharpée de nuages,

est entourée par les tours Jinmao (420 m) et Shanghai World Financiel Center (492 m). Vertigineux… et pas bien le jour d’y monter pour admirer la vue !

Demain, dernier jour de l’année 2017 et notre dernier jour en Chine (nous décollons à minuit…), Bernard nous a concocté une excursion à 100 km d’ici !

Bonne soirée !

Poème de route n° 25” :

Incroyable mais vrai, tous les trains étaient pleins
Pour aller à Suzhou, nous irons donc demain.
En attendant, il bruine. Shanghai ainsi, c’est triste
Mais ça n’empêche pas  d’faire le job de touriste :
Tournée dans les ‘lilongs’, impasses de maisons
Collées les unes aux autres, construites à l’unisson.
Maison de Sun-Yat’Sen puis Pudong en ferry
Deux ‘must’ dans le brouillard mais quand même jolis
Pudong et ses gratte-ciel la tête dans les nuages
Sun-Yat’sen comme un saint tant on lui fait hommage.
Je passe les détails de ménage et bagages
Ce soir resto français, grand menu pas très sage
Pour célébrer la fin des aventures chinoises
Et la nouvelle année, le retour au village.
Bon réveillon à tous, chers enfants de tous âges
Amis profitez-en avec votre entourage.

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