5 –A Marsa Matrouh (Egypte) ? !

5 - A Marsa Matrouh (Egypte)

5 – A Marsa Matrouh (Egypte)

J’aurais bien voulu intituler cette note « En Egypte », mais comme nous n’avons pas pu dépasser la ‘ville’ de Marsa Matrouh, 230 km de pur et strict désert après la frontière libyenne, j’ai préféré réserver le titre « En Egypte » pour la note d’un prochain voyage, à réaliser dès que possible !
C’est un peu comme il y a deux ans, notre arrêt forcé à Vittoria, au Pays Basque, pour cause d’abondantes chutes de neige dans tout le nord de l’Espagne, qui avait mis fin de fait à notre marche vers St Jacques : après un temps de stupeur de se voir arrêté en plein élan, puis de jubilation à découvrir un espace d’oisiveté, de temps libre et de repos forcé, la frustration monte peu à peu de ne pas pouvoir réaliser nos projets. Et puis, peu à peu, à force d’attendre, d’espérer, d’écouter, de tenter de comprendre ce qui se passe au Caire et Alexandrie, on laisse venir confiance, harmonie… et nous trouvons à nous occuper intelligemment !
C’est aujourd’hui le 8ème jour que nous sommes ici. Par chance, comme nous vous l’avons dit dans la note précédente, l’hôtel est probablement le meilleur que nous ayons eu depuis Tunis il y a plus d’un mois, et pas loin d’être le moins cher… La chambre capte le wifi de la réception (sauf pendant les 5 interminables jours où l’Egypte à suspendu tout service Internet…), le sable fin de la plage est à 30m, les bleus outremer, cyan et émeraude de la Méditerranée sont à 50m, au fond d’une baie protégée par une passe, là bas, au loin, où l’on voit quelques vagues déferler sur la barre ; à la tombée de la nuit, si l’on y prête attention, retentit l’appel à la prière, pas trop violent, nous sommes en zone hautement touristique, même si nous sommes depuis une semaine les seuls clients de l’hôtel ; la nuit, il y a d’un côté les lumières de la Corniche, de l’autre les feux rouge et vert indiquant aux deux garde côtes qui patrouillent ici le cheminement pour gagner la lagune, derrière nous.
Pour être honnête, une révolution en direct, c’est un peu fastidieux ; de France, vous avez un résumé, en images, des évènements du jour en quelques minutes ; ici, nous passons des heures sur CNN, rythmées par les deux journaux télévisés quotidiens de TV5Monde.
On comprend qu’au moins une partie des Frères Musulmans ne sont pas, en Egypte, si extrémistes qu’on a voulu nous le faire croire ; que ce ne sont de toutes façons pas eux qui ont lancé le mouvement, mais la classe moyenne, étudiante, des professions libérales et intermédiaires, des fonctionnaires et de ceux qui vivent du tourisme ; que la grande bourgeoisie d’affaires – à l’instar du propriétaire de l’hôtel Beausite où nous sommes, parfaitement francophone – s’était parfaitement intégrée au régime, et qu’elle estime avoir tout à perdre à de profonds changements d’une société très inégalitaire. On découvre ensuite que le régime navigue à vue, ne reculant devant aucun moyen pour neutraliser le mouvement de contestation : dans un même élan, il fait disparaître soudain toutes les forces de police, ferme les sites touristiques, et permet l’évasion de milliers de prisonniers de droit commun, provoquant des pillages, l’insécurité… en espérant sans doute apparaître ensuite comme le restaurateur de l’ordre. Du coup, « politique du pire », les touristes et familles d’expatriés fuient le pays dans la pagaille, des milices d’autodéfense privées contrôlent les routes et quadrillent les quartiers, dangereusement armées de bric et broc, les stations d’essence et les distributeurs de billets sont vides. La réplique du régime continue dans la même voie : les médias étrangers sont passés à tabac, des contre manifestants viennent donner coups de pierre et poings aux contestataires, et il apparaît bientôt qu’ils sont en majorité des policiers en civil ou des mercenaires de la rue.
Ici, à Marsa Matrouh, le centre ville est quadrillé par l’armée à l’aide de tanks et automitrailleuses, dont deux sont affectées à la protection de notre hôtel ; deux chasseurs ont survolé la ville, et deux garde côtes patrouillent au large du quartier « chaud ». Les quelques contacts que nous avons noués tant au Caire (merci Henri et Florence !) qu’à Alexandrie (merci Hervé et Denys ! Hervé Laroche a changé l’opinion que j’avais des consuls en période de crise !) nous engagent tous à rester à Marsa Matrouh, puis, quelques jours plus tard, à faire demi tour. Nous avons donc redemandé mercredi 2 notre visa pour la Libye, l’avons reçu le jeudi 3 par email (merci M. Mustafa Shibani !), et notre réceptif Mohmed nous attend à la frontière demain samedi 5 à 16 h (Mohmed aura fait les 1400km en 30 heures…).
La suite du programme est encore incertaine, mais toutes les options, pour l’instant, nous retrouvent à Tripoli la semaine prochaine et à Tunis avant la fin du mois, éventuellement après une semaine de vacances dans l’Akakous (après avoir laissé les motos à Tripoli, gravures rupestres dans l’extrême sud ouest de la Libye), soit après trois jours à marche forcée à travers la Tunisie, soit par un navire « RORO » (« roll in, roll out » = cargo avec porte pour les véhicules) direct Tripoli/Tunis, puis un ferry vers la Sicile. Nos regards se portent ensuite à nouveau, vous vous en êtes doutés, vers l’Est : la Calabre et les Pouilles que nous n’avions pas pris le temps de visiter l’année dernière ; Ithaque, bien sûr, après avoir croisé la grotte de la Calypso à Tanger et les Lotophages à Djerba ! Peut-être l’Eubée pour faire un coucou à Patrick et Marie-Pierre, puis la Crète, comme prévu initialement à la mi-Avril ! Que MM Berlusconi et Papandréou prennent garde !

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3 thoughts on “5 –A Marsa Matrouh (Egypte) ? !”

  1. Que de belles photos et que d’aventures…..
    Merci de nous faire profiter aussi joliment de votre expédition.
    On pense bien à vous
    Essayez de ne pas mettre la révolution dans les Pouilles!!!!
    Bises
    Christian et MF

  2. On est trop triste de vous avoir loupé à Marseille ! Après 8 mois de travaux on pourra même vous loger, lors de votre prochain passage. Votre récit donne carrément envie, c’est génial de voir le monde, profitez bien ! On vous embrasse. Manu, Victor, Mahaud,Gaston et Delphine

  3. bon on sait que vous avez du retourner à Tripoli où en êtes vous ?
    on pense à vous rattrapés par l’actualité
    on vous embrasse
    ps j’espère que cette fois ci le message va partir, les autres fois ça bloquait

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