4 – d’Athènes à Antioche

4 - d'Athènes à Antioche

4 – d’Athènes à Antioche

Oui, je sais, j’aurai pu rectifier le titre puisque finalement ce n’est pas à Antioche que nous avons convenu de restituer sa voiture à Bernard, mais à Gaziantep, quelques centaines de kilomètres plus près des Perses. Blâme pointé aux fonctionnaires européens ! Mais Antioche, où il ne reste plus grand-chose, dit-on, à voir de son glorieux passé de capitale, me paraissait plus symbolique de cette étape essentiellement gréco-romaine : quelle émotion de se retrouver pour la première fois de sa vie sur l’Acropole d’Athènes, d’où l’on aperçoit fort bien au loin le port du Pirée, et d’où les Athéniens purent tout suivre du déroulement de la victoire navale de Salamine (480 BC) contre le Perse Xerxès, petit fils de Cyrus le Grand ; ou de passer devant des panneaux indiquant la direction de Marathon, autre grande victoire athénienne contre les mêmes Perses du même Xerxès (490 BC) ; nous refaisons en quelque sorte le trajet de retour des Perses chez eux !
Nous n’avons pu consacrer qu’une journée à découvrir Athènes, juste assez pour emprunter les pas de Diogène, Socrate, Platon, Aristote ou… St Paul sur les Agora grecque et romaine et le rocher de l’Aréopage, admirer l’équilibre et la grâce des Parthénon et Caryatides devant la colline du Lycabète, imaginer les débats de la boulê en remerciant les Grecs d’avoir inventé la philosophie, puis la démocratie, celle qui sait mieux que le tyran ce qui est bon pour le peuple… et se révèle plus forte que la puissante Perse !
Du Pirée, le port tout proche d’Athènes, nous avons retrouvé la voiture qu’y avaient laissée nos amis Ossent trois mois plus tôt et nous sommes embarqués pour l’Asie, en face, de l’autre côté de la mer Egée, par un temps devenu brutalement très orageux : le mauvais temps nous accompagnera cinq jours durant. L’arrivée de nuit sous la pluie à Chios me permit d’apprécier pour une fois le confort d’une voiture ! Pluie diluvienne, minuit passé, et la route que j’avais mémorisée pour rejoindre notre chambre d’hôte coupée par police et ambulances, nous obligeant à tours et détours sans point de repère autre que les boussoles déréglées de ma tête et du tableau de bord ! Le lendemain matin, la tempête nous a empêché de nous baigner dans la mer Egée, mais pas de visiter deux villages du sud de l’île, Pyrgi et Mesta, dont la grande prospérité – fondée sur la gomme de lentisque dont raffolait le sultan ottoman – disparut avec l’Indépendance (1830). Le dernier fait d’armes, si l’on peut dire, de Chios semble d’avoir été en première ligne de la chute dramatique de Smyrne en 1922 ; ville natale d’Homère (et de St Irénée… de Lyon), grecque depuis des millénaires, elle dut être abandonnée aux forces de Mustapha Kemal ‘Attatürk’, qui la rebaptisèrent Izmir.
La route la plus directe pour rejoindre le Moyen Orient nous paraissait celle-ci et nous pensions que des ferries faisaient la navette incessante entre Chios et Cesme, le port avancé d’Izmir, à quelques kilomètres seulement de Chios ; mais non… Chios est un cul de sac, loin par l’esprit de la côte turque toute proche, et, s’il y a bien un ferry de temps à autre, celui qui nous embarqua ne pouvait prendre qu’une voiture, ainsi que les motos de deux turcs en goguette en Grèce ! Seul un couple français d’Arméniens ‘de Smyrne’ croisé dans notre chambre d’hôtes venait pèleriner sur la terre de ses ancêtres. Izmir, notre premier contact avec la Turquie, nous a laissé une forte impression, nettement plus ‘européenne’ que… la Grèce : 2,8 millions d’habitants, une baie magnifique, des avenues gigantesques, brillamment éclairées et d’une propreté étincelante, sans parler de ses pâtisseries orientales ! Les boutiques d’alcool en vente libre ont pignon sur rue, et on n’y trouve guère de trace de l’islamisme régnant depuis dix ans en Turquie. Cerise sur le gâteau : l’appel du muezzin nous rappelait que nous étions, cette fois vraiment, en Asie, avec une nouvelle langue réputée difficile à ânonner !
Une fois dégagés des embouteillages du lundi matin, nous étions en moins d’une heure dans l’antique ville d’Ephèse, sous des averses constantes et violentes qui ne décourageaient guère des troupeaux de touristes venus du monde entier. La grandeur d’Ephèse se poursuivit sans discontinuer des Grecs aux Hellénistiques, aux Romains puis aux Byzantins. Aujourd’hui turque, elle rappelle que pendant deux millénaires, c’est l’Antiquité grecque et romaine qui partit, avec Alexandre, ‘civiliser’ les peuples jusqu’à l’Indus à une époque où les Turcs étaient encore éleveurs de troupeaux dans l’Altaï. C’est en 1071 que les Turcs Seldjoukides battirent sévèrement les Byzantins aux bords du lac de Van, ouvrant la porte à une colonisation de l’Anatolie qui se poursuivit vers l’Ouest jusqu’au siège de Vienne (Autriche) au XVIIème siècle ; la poussée turque en Allemagne aujourd’hui, et la demande d’entrée dans l’Union Européenne semble relever du même ‘Go West’ turc ! J’en dirai plus dans un prochain blog !
Je ne m’étendrai pas sur les merveilleux sites antiques croisés sur notre route, ceux d’Aphrodisias et Termessos, Pergé ou Aspendos (reportez vous aux quelques photos dans l’album ci-joint ; la dernière est une carte avec notre trajet !). Antalya et Alanya nous ont semblé mériter mieux que leur réputation de villes pour tourisme bon marché ; la première est une des rares de Turquie à offrir de nombreuses maisons de l’époque ottomane ; la seconde – le fameux repaire de pirates que Pompée détruisit en 64 BC – offre un site spectaculaire. Et la route entre Alanya et Adana, paradis pour les motards (on imagine l’Estérel dans les années 60 !) propose une forteresse maritime exceptionnelle (Mamure Kalesi) rappelant que le contrôle des routes maritimes, quand les navires ne permettaient de faire que du cabotage, passait par un réseau côtier de forteresses.
En conclusion, je voudrais dire ma joie de me retrouver à nouveau ‘sur la route’. Certes, pour cette première branche, c’est mon cousin Marc Perrin qui a pris la place de ma tendre épouse ; mais ma première expérience de cohabitation avec un autre sexagénaire, que je ne connaissais finalement que peu, aura été positive ; j’espère pouvoir en laisser d’autres traces sur ce blog ! Et j’attends avec impatience de pouvoir retrouver Véronique dans moins d’une semaine, qui nous rejoint à Van avec Marie Champanhet pour une équipée à quatre dans la même voiture… Encore une autre expérience !

POUR ACCEDER A L’ALBUM, CLIQUEZ SUR LA LEGENDE DE LA PETITE PHOTO EN TETE DE L’ARTICLE (“d’Athènes à Antioche”).

2 thoughts on “4 – d’Athènes à Antioche”

  1. Bon je vois que l’histoire de notre humanité est toujours aussi bélliqueuse. Super de voir son père rajeunir au fil des années. Pour la quarantaine il est retourné à la fac et nous ramenait ses copains de 18 ans à la maison et maintenant il vadrouille dans des pays dangereux avec un copain. Côtoyez vous aussi les auberges de jeunesse? (: Bises du Canada.

  2. Hello les amis sauvés du tremblement de terre !

    Alors quid de cette entrée en Iran ? Aviez vous prévu la secousse tellurique , et donc vous avez quitté Van plus vite ?? Vite écrivez sur le blog, je suis devenue accro ! n’oubliez pas vos admirateurs !

    Bonne route soyez prudents , on ne vous le redira pas assez !

    Irène

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