10 – Dans la Sierra de la Ventana

10 - Dans la Sierra de la Ventana

10 – Dans la Sierra de la Ventana

 

La Sierra de la Ventana est la première sérieuse ondulation de terrain rencontrée quand on traverse la pampa en quittant Buenos Aires vers le Sud Ouest. La ‘Ruta 3’ qui vous emmène jusqu’à Ushuaia en longeant plus ou moins la côte Atlantique, file tout droit à travers la pampa, le long du chemin de fer qui date des années du président Bartolomeo Mitré (1860 ss). Elle coupe des pâturages, des marécages, ainsi et surtout que des champs de soja, maïs et sorgho qui s’étendent à l’infini des deux côtés de la route ; c’est que, si la pampa est encore une terre où s’élève la  célèbre viande argentine, le bétail est maintenant de plus en plus souvent relégué dans des unités de stabulation, la prairie ayant laissé la place à des cultures fourragères et industrielles. De loin en loin, annoncées par une haie rectiligne de beaux arbres, s’ouvre l’entrée d’une estancia, avec un portique de bois blanc, souvent entouré de corrals. Nous avons fait escale à Azul, au cœur de ce Far West, où les gros pickups sillonnent les pistes en laissant derrière eux un gros nuage de poussière… pas très confortable pour les motards !

La Sierra de la Ventana se trouve dans la ‘Province de Buenos Aires’, qui s’étend jusqu’à Viedma, 1.000 km au sud de la capitale. Autour de la Sierra de la Ventana s’étend une ‘pampa sèche’ ; c’est dans cette région que nos cousins Laxague ont vécu près de 60 ans dans une estancia de 5.000 ha nommée ‘Dos de Mayo’, où André et Elisabeth (née de Larminat) ont élevé leurs 19 enfants. Dans la Sierra proprement dite habite notamment sa sœur, Thérèse de Larminat, dans la maison où leurs parents sont venus se réfugier en 1968 après l’incendie de leur maison dans l’estancia du Cerro de los Pinos, en Patagonie, 1.300 km plus à l’ouest, où elles avaient grandi. Un des fils d’Elisabeth, Michel, habite également avec sa famille à quelques kilomètres de Thérèse, et surtout de l’estancia de sa belle-famille, celle des Ruiz-Iñazu.

Dès notre arrivée à Bahia Blanca, le grand port à une centaine de kilomètres au sud de la Sierra de la Ventana, nous allons saluer tante Elisabeth, Amachi, encore entourée de cinq de ses enfants, bon pied bon œil du haut de ses 90 ans, l’œil vif et la question fusante : quel dommage que nous ne soyons pas venu avec Betty, la mère de Véronique, décédée il y a à peine plus d’un an !

Et dès 8h le lendemain matin, Bernard et Jacques Laxague nous emmènent parcourir leur domaine… Nous commençons par la visite de l’estancia ‘Dos de Mayo’… c’est la première fois qu’ils y reviennent depuis sa vente il y a quatre ans ! Quelle émotion pour eux comme pour nous ! Bernard connaît par cœur tous les chemins qui y mènent, à travers les pâturages et les champs de soja, bordés de très scéniques éoliennes, et de moins poétiques mais bien plus efficaces clôtures de fils électriques ; et nous voilà devant la barrière du ‘champ’ de 5.000 ha, avec son vieux panneau ‘Estancia Dos de Mayo’ et ses deux portes, l’une pour les voitures, l’autre pour le bétail. Après encore quelque kilomètres, voilà qu’au détour d’un virage apparaît sur une éminence la maison où ils sont nés et ont vécu avec leurs parents et leurs dix sept frères et sœurs. Je vous passe les détails de la visite, tout est dans l’album de photo ci-joint ; mais retenez que toutes les grandes maisons de ces estancias situées au bout du monde sont entourées de magnifiques jardins, avec d’immenses arbres de toutes essences venues de tous les coins du monde, de massifs de fleurs et de potagers capables d’assurer une véritable autarcie aux familles y vivant.

Nous en profitons pour aller visiter l’estancia voisine, San Miguel, 5.000 ha également, dont Bernard s’est occupé pendant 23 ans. Nous passons devant son ancienne maison, qui elle aussi a brûlé (!), entourée de hangars, corrals, éoliennes, citernes et machines agricoles ; quelques chevaux s’ennuient derrière une clôture ; il faut dire qu’aujourd’hui, les pions (‘peones’ en espagnol) sont de moins en moins nombreux, et beaucoup plus en voiture qu’à cheval. Quelques kilomètres plus loin apparaît le ‘Casco’, la maison du cousin Peter Laharrague, que nous avons le bonheur de croiser chez lui, ‘dans son champ’. Mais le programme de Bernard pour la journée est dément… il est déjà 13h, et nous sommes invités à déjeuner à une heure d’ici, dans le village de ‘Sierra de la Ventana’, chez Tante Thérèse, qui mène une vie heureuse entre ses aquarelles, son potager, et son artisanat mapuche. A 17h, nous croyons rentrer à Bahia Blanca, mais non, Bernard a reçu un coup de fil de son frère Michel, nous sommes attendus dans sa belle famille, chez les Ruiz-Iñazu, vers Tornquist, 50 km plus à l’ouest. Et là, pour couronner cette journée, dans une magnifique lumière de couchant, nous attendent deux attelages et une douzaine de cavaliers servants pour une grande promenade dans la Sierra ; allez regarder les images… nos yeux de Parisiens étaient comblés !

Epuisés par cette journée mémorables, nous cédons vite aux instances de Bernard qui souhaite que nous restions un jour de plus à Bahia Blanca : Amachi n’a même pas eu le temps de discuter sérieusement avec nous ! Et nous essayons de comprendre comment on peut accepter d’avoir 19 enfants, et les élever, de les nourrir et de les habiller : sa sœur ‘tante Pinette’ qui a passé sa vie à Dos de Mayo ; les placards pleins de bluejeans, de bottes, de chemises, qu’on ne remplace par du neuf qu’une fois complètement élimés ; le médecin qui vient vacciner toute la famille d’un coup, et le coiffeur itou ! Le cours Hattemer jusqu’à 8 ans, âge auquel on part en pension ; la chapelle où il y a confessions et messe tous les dimanches, les accoucheuses qui arrivent un peu tard. Et on parle français, bien sûr, dans ce monde qui jusqu’à l’adolescence, se limite à la pension aux estancias voisines. Et ce monde nous est si proche, vous pensez, des cousins français ! Et ce monde nous est si dépaysant, à nous, les Parisiens ! Quelle expérience ! Le jour du départ, Amachi viendra jusqu’à nos motos pour nous voir partir vers la Patagonie : merci Amachi pour cette belle leçon de vie !

 

Je vous rappelle que, pour accéder à l’album de photos, il faut cliquer sur le lien ci-dessous :

https://picasaweb.google.com/113501550221338298900/10DansLaSierraDeLaVentana?authuser=0&feat=directlink

Ou sur la légende de la photo en tête de l’article.

Je vous rappelle aussi que parfois, lorsque l’album ‘Picasa’ s’ouvre, Google+ propose ‘par défaut’ une présentation de l’album sous forme d’une ‘Galerie’, où on ne peut notamment pas lire les légendes dont j’orne chaque photo. Il faut alors, dès l’ouverture, repérer en haut et au milieu de l’écran un bandeau (près de la ‘barre de titres’ où s’affichent les liens ‘http://, etc…’) où il est écrit (en jaune) quelque chose comme « Cliquer ICI pour revenir à Picasa ». (Attention, le message ne s’affiche pas très longtemps ; si vous ne le voyez pas, revenir en arrière d’une étape !). Il faut alors cliquer sur « ICI », et, miracle, tout l’album s’affiche sous forme de vignettes. Cliquer ensuite sur ‘Diaporama’ ; le Diaporama se lance alors avec la première photo…. puis faire comme le diaporama le propose : appuyer sur la touche F11 du clavier pour passer en ‘plein écran’… sur la touche Pause, et faire défiler soi-même ses photos à son rythme avec les flèches de direction du clavier.

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