1 –Du Turkestan à l’Amérique… !

Cela fait deux années que Philippe bûche sur notre prochain voyage… et dix années qu’il en rêve ! Le 21 mars 2015 – c’est décidé depuis notre retour d’Amérique du Sud il y a deux ans – nous partons, « enfin ! » dit-il, à motos sur la « Route de la Soie », quel programme ! Déjà, il y a quatre ans, il m’avait emmenée jusque sur les bords de la mer Caspienne, en Iran (Chap 4), en reconnaissance, disait-il, du voyage que nous ferions ensemble, depuis Paris, quand il aurait appris un peu plus de turc et de persan ; le turc parce que presque tout le « Turkestan » parle des langues turques, et le farsi non seulement pour l’Iran, mais aussi le Tadjikistan… et, pour plus tard, les langues du nord de l’Inde. Depuis, j’ai vérifié au printemps dernier qu’il se débrouillait pas si mal en turc (nous parcourions le tour de la mer de Marmara, et il a eu la flemme d’en faire un blog), il a passé des semaines à bûcher son farsi – « là, on est en pays familier, c’est une langue indoeuropéenne » ! ‑, et il a même appris un peu de russe « pour le retour par la Russie ». « Moins de » 20.000 km aller/retour ; du goudron « presque » partout. Cela fait donc au moins deux ans que je le vois rêver sur les provinces du sud est de la Turquie (Antep, Urfa, Mardin…), sur le triangle magique Ispahan/Shiraz/Yazd, sur la vallée du Ferghana, Samarcande, Boukhara et Khiva. Il est plongé dans des biographies de Gengis Khan, Tamerlan et Babur, il rêve de cavaliers kirghizes galopant devant les cimes enneigées du Pamir, il veut me faire dormir dans des yourtes de la steppe kazakhe, il m’emmène dix fois aux musées Guimet et Cernuschi à Paris, et même à l’Ermitage d’Amsterdam… Et quand il patauge dans l’itinéraire de retour par la Haute Volga, sur les traces de la Horde d’Or du côté de Kazan et Nijni Novgorod, il songe à nous faire aller jusqu’en Chine à Xian par Kashgar, Urumqi et Turfan, à la recherche de la vallée aux mille bouddhas, et l’armée des soldats enterrés de l’empereur Qin. Bon, mais moi, je ne veux pas partir plus de quatre mois, et 20.000 km à motos en quatre mois… « presque » tout du goudron, qu’il dit, je le connais… Alors il invente un nouveau copain, que j’ai à peine vu, qui nous accompagnerait en 4×4, et prendrait le guidon quand je serais fatiguée… oui, c’est ça, et nous les femmes, on reste scotchées dans la voiture pendant que les hommes font les marioles ? Bref, tout ça, je ne le sens pas trop… j’attends patiemment que ça coince…

Et puis là-dessus, voilà qu’au printemps, les Russes se fâchent avec l’Europe à propos de la Crimée, puis de l’Ukraine ; nous sommes au bord de la guerre ouverte avec eux, nous dit-on… Et, trois mois plus tard, l’Etat Islamique, une des factions du conflit syrien, conquiert la moitié de l’Irak ; puis on apprend quelques semaines plus tard que l’Etat Islamique, malgré ses atrocités, est soutenu par la Turquie, pourtant membre de l’OTAN, et que le « Califat » a des « cellules » partout dans le pays, pour les nécessités logistiques de la guerre (armes et djihadistes contre pétrole, organes et antiquités). Je ne parle même pas de l’idée d’aller pratiquer le farsi à Ispahan, en passant à quelques kilomètres de là ou les Iraniens fabriquent leur bombe atomique ! Non mais il est complètement fou de vouloir m’emmener me balader par là bas, vous ne trouvez pas ? « Ça va s’arranger » il dit… Mais moi, 2015 arrive, et je vois bien que le porte hélicoptère Mistral est toujours à St Nazaire, que la Turquie refuse toujours de laisser la « coalition » se servir de ses bases pour lutter contre l’Etat Islamique, et que les Iraniens n’ont toujours pas renoncé à faire leur bombe… J’ai déjà connu les « printemps arabes » il y a quatre ans, merci, j’ai déjà donné. Et je n’ai pas du tout, mais alors là pas du tout, envie de devenir célèbre avec une blouse orange dans le désert ! J’essaie de le distraire de son projet en le poussant à respecter la promesse que nous avions faite à notre copine Renée d’aller la voir en Israël (Chap 6), mais, c’est sûr, trois petites semaines, même si ce fut passionnant, ce n’est pas LE voyage au long cours dont il rêve.

Et puis tout fini par s’arranger ! Il renonce à son voyage – tout au moins pour le moment… ‑, et donc… ensuite… je trouve à louer notre appartement parisien pour six mois, dès le 1er mars, c’est dans un mois !!! Et puis, taquine, je lui demande : « Alors, on va où ? Dis donc, ça fait bientôt deux ans que nous ne sommes pas partis ! ». Et c’est là qu’il me sort « l’Amérique du Nord » ! « Quatre mois » (il a intégré que c’est mon maximum), « cela ne devrait pas être trop difficile d’organiser quelque chose par là bas, on parle déjà la langue, on va partir pour la Floride, il fait chaud là bas, et remonter doucement avec le printemps ; il ne devrait pas y avoir de problème de visas, on ira visiter Béchir et Cathy à Washington, et nos petits enfants dans l’Ontario, et les Bridgman à Vancouver, et nos cousins californiens ; cela ne devrait pas dépasser de beaucoup les 20.000 km » – « Mais on y va comment ? » – « Ben, en avion ! » – « Non, je veux dire, on voyage comment là bas ? » – « Ben, à motos » – « Euh, tu es sûr que je suis capable de faire 20.000 km à motos en quatre mois ? ». Il regarde alors le prix du transport de deux motos par avion de Paris à Miami, ouh la la, c’est presque aussi cher que Lima (Chapitre 5). Il essaie ensuite de voir si on ne pourrait pas acheter une voiture, pour la revendre avant de repartir… Mais il découvre que depuis quelques années, aux Etats Unis comme au Canada, si on peut acheter un véhicule, on ne peut pas l’assurer sans posséder le permis de conduire de l’état dans lequel on l’immatricule… Finalement, il me propose de louer un camping car… Nos copains Revenaz (on les a rencontrés à Puerto San Julian, ceux là, dans les fins fonds de la Patagonie, à motos eux aussi) ont longtemps vécu aux US, et me convainquent de faire l’essai. On découvre ensuite que pour partir plus de trois mois, il nous faut un vrai « visa » américain, car les escapades au Canada ne font pas repartir de zéro le décompte des jours passés dans le pays. Après « l’ESTA », nous voilà donc à remplir des formulaires invraisemblables, où il faut expliquer que (sic !), non, nous ne venons pas aux Etats Unis dans l’intention de faire du proxénétisme, ni de commettre des attentats, ni de pratiquer l’espionnage, et que, non plus, nous n’avons jamais participé nulle part à des campagnes de stérilisation forcée… Nous passons avec succès l’examen au Consulat parisien ; il était aussi tendu que pour une plaidoirie, avec cinquante pages de justificatifs démontrant nos moyens financiers de subvenir à notre voyage et notre « non intention » de nous établir frauduleusement dans leur pays !

Et c’est parti ! Nos billets d’avion sont pour le 23 mars prochain, retour le 8 juillet. Nous avons décroché l’exposition de Gaia (http://www.artbygaia.com/) le 28 février, installé notre locataire Inas chez nous le 1er mars, et filé en Charente avec nos motos le 2 mars, chargées de tout ce dont nous pourrions avoir besoin pour le voyage. L’itinéraire devrait ressembler à quelque chose comme ça :

Projet d'itinéraire
Projet d’itinéraire

Et en cliquant sur : “Album Préparatifs Amérique” vous aurez une idée du « camping car » qui remplacera nos motos (snif !) : il va falloir l’apprivoiser !

A très bientôt… d’Amérique !

 

 

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