6 – L’Iran azeri

6 - l'Iran azeri

6 – l’Iran azeri

Bienvenue en Iran ! Alors que nous cherchions un taxi devant notre hôtel de Tabriz pour nous rendre au bazar, dès notre première journée dans cet Iran des Ayatollahs, nos épouses ont été abordées en bon anglais par un trio de jeunes filles qui n’avaient pas vingt ans ; elles leur ont demandé d’où elles venaient : ‘Paris’, mot magique ! leur excitation a monté d’un cran ; elles voulaient quasiment embrasser Marie et Véronique, tout savoir de ce que nous faisions ici… malheureusement, le taxi était là, il aurait fallu le renvoyer, je leur ai donné l’une de nos cartes de visite… avec nos adresses email … en France… nous ne pouvions leur faire cadeau plus précieux, qu’elles se disputaient !
Le surlendemain, alors que nous dînions dans l’auberge rustique du village de Takab, le serveur est venu nous demander si nous accepterions de discuter avec un collégien qui voulait nous parler ; il s’assit avec nous ; son anglais était approximatif … et il n’était là que pour l’améliorer ! Il apparut plus tard que c’est son père qui l’avait amené en voiture dans le seul but de rencontrer des étrangers et pratiquer son anglais !
Le surlendemain encore, à Ardebil, à trois reprises, nous avons été abordés dans la rue par des jeunes de vingt ans ; une jeune fille est entrée derrière nous dans la pâtisserie où nous venions prendre un thé pour parler avec nous. Sami quant à lui voulait savoir « comment c’était Paris » ( !), « si c’était difficile d’y trouver du travail » ( !!), « de quels types de spécialités nous manquions chez nous » ( !!!), « si la vie y était chère », etc… ; il n’avait pas encore droit à un passeport parce qu’il lui fallait d’abord effectuer son service militaire de deux ans qu’il semblait redouter. En bref, il était clair que tous ces jeunes ne pensaient qu’à une chose : bâtir leur vie ailleurs que dans leur pays ; nous avons d’ailleurs croisé un jeune gay à Erevan (Arménie) qui avait quitté l’Iran depuis six ans et n’envisageait pas du tout de revenir au pays.
Les plus âgés non plus ne sont pas fiers de leur pays ; bien sûr ils râlent à juste titre sur la pénurie et le rationnement d’un carburant de piètre qualité alors que le pays est le 4ème producteur de pétrole du monde… mais gaspillent carburant et chauffage dans une pollution sans nom, comme chez nous dans les années soixante ; ils affichent leur indifférence aux slogans omniprésents et agressifs de la Révolution et affectent s ne pas avoir de convictions religieuses trop marquées ; mais ils nous sont surtout apparus résignés, et prêts à toutes les petites combines pour survivre. Il n’y a pratiquement pas d’artisanat dans l’Iran que nous avons visité – à part les tapis, tout semble venir d’Extrême Orient… comme depuis toujours par la ‘route de la Soie’ ! Les plus optimistes nous ont paru être les Kurdes, que la spécificité culturelle reconnue par le pouvoir semble autoriser à toutes les impertinences : admirez dans l’album ci-dessous la tenue colorée des femmes lors du mariage kurde, et comparez-la à celle des ombres noires devant les vitrines des bijoutiers du bazar !
Il faut dire que les Iraniens se sont enfermés dans l’impasse d’une invraisemblable Constitution : en 1979, ils ont ‘approuvé’ par referendum (ils n’avaient qu’une alternative oui/non, et le vote n’était pas secret) un système ‘républicain’ qui confie à une ‘Assemblée des Experts’ le soin souverain de rejeter les candidatures de personnes non conformes à leurs idéaux ; seule une nouvelles révolution est donc susceptible de changer le régime. Il faut dire que depuis Cyrus le Grand (600 BC) il y a 2.500 ans et jusqu’en 1906, un monarque absolu appelé ‘Shah’ règne sur la Perse ; ce dernier s’est toujours considéré comme ‘l’Ombre de Dieu’ sur Terre, terme repris par les Califes arabes de Bagdad ; le petit officier Reza Pahlavi, devenu Shah en 1925, s’était inscrit dans cette dynastie (rappelez-vous le 2.500ème anniversaire célébré à Persépolis en 1972) ; il n’y a donc pas à être surpris que les Ayatollah soient restés dans la même logique, même s’ils l’ont revêtue des habits de l’islam shiite.
Les quatre points forts de notre petit tour dans cet ‘Iran azéri’ la Province iranienne visitée porte le nom ‘d’Azerbaïdjan’ et est majoritairement peuplée de turcs azéris – auront été les deux grandes villes de Tabriz et Ardebil d’une part, l’extraordinaire complexe zoroastrien de Takht-e-Soleiman à côté de Takab, et enfin la symbolique et magnifique vallée de l’Arax qui marque depuis deux siècles la frontière entre les univers russe et persan.
Tabriz (1,3 million d’hab. 1.300 m d’alt.) reste dans l’imaginaire des iraniens d’abord une ville non perse mais azérie, ensuite la 1ère capitale de l’Iran safavide au XVIème siècle, et enfin celle qui a mis en route la révolution constitutionnelle de 1906. Ils oublient qu’elle a aussi été la capitale des ‘Moutons Noirs’ au XVème, lesquels lui ont laissé une merveilleuse ‘Mosquée Bleue’. Son altitude en fit la résidence d’été des souverains qâdjârs renversés en 1906. Et sa longue histoire au carrefour des routes d’Irak, de Turquie, du Caucase et de la Perse l’a laissée avec un fantastique bazar qu’on ne trouve que sur les routes de la Soie.
Ardebil (0,65 million d’hab. 1.300 m d’alt.) est pour les iraniens la ville où est enterré le cheikh Safi-od-Din depuis 1334 ; le nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est grâce à lui que l’Iran est aujourd’hui chiite et non pas sunnite ; c’est de son nom ‘Safi’ que vient en effet la dynastie des Safavides qui régna après les Mongols jusqu’au milieu du XVIIIème , lesquels unifièrent la Perse sous la bannière d’Ali ; et c’est donc grâce à lui que les minarets d’Iran sont bien moins bruyants que ceux de Turquie, d’Egypte ou du Maroc, car le chiisme est beaucoup moins formaliste et démonstratif que le sunnisme : il relève, malgré les apparences, d’une spiritualité toute soufie.
Je vous laisse découvrir le site de Takht-e-Soleiman (‘Temple de Salomon’) par les photos ci-jointes et leurs légendes.
Quant à la vallée de l’Arax, outre que des sources l’assimilent au Guihôn qui coule du Paradis (du mot persan ‘Pardès’ = jardin !) – cf. Gn 2, 13-15) , lequel, comme chacun sait, était auprès du Mt Ararat, il s’agit surtout d’une magnifique rivière qui vient de Turquie et marque la frontière entre celle-ci et l’Arménie, puis entre celle-ci et le Nakhitchevan (province de l’Azerbaïdjan – cf. légendes photos !) puis l’Iran, et enfin entre celui-ci et l’Azerbaïdjan. Le fleuve se jette dans la mer Caspienne après avoir emprunté de formidables défilés (re-cf. photos !!). Il fut pendant des siècles un fleuve essentiellement arménien. Nous passerons la prochaine fois en Arménie d’aujourd’hui.
Pour plus de détails sur notre voyage en Iran, cliquez sur la légende de la petite photo en tête de l’article ; elle vous donne accès à un ‘Album Picasa’ dont les photos sont abondamment légendées : Bonne lecture ! Et merci d’avance pour vos éventuels commentaires !

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