5 – 4ème semaine : de Santos et Sao Paulo à Zarate

Nous finissons par lever l’ancre et nous mettre en route pour le port de Santos après à peine une douzaine d’heures d’attente dans sa rade ; le temps est lourd et le soleil, pourtant voilé, de plomb. Le climat est ‘tropical’ ici ; il fait penser à celui que nous avions à Lagos, Douala ou Libreville : dégagé et presque frais le matin (22°), de plus en plus brumeux et lourd dès 10 h, il s’assombrit dans l’après midi (35°) pour culminer dans un orage d’apocalypse à la tombée de la nuit. Le front de mer de la ville semble s’étendre sur des dizaines de kilomètres ; en fait, c’est parce que, tout autour de la baie se prélassent les stations balnéaires des ‘Paulistas’, comme s’appellent ici les habitants de Sao Paulo : Praia Grande (‘la Grande Plage’…), l’historique capitainerie héréditaire de Sao Vicente, créée dès 1532, Cubatao, Guaruja… Nous sommes tout près de l’immense Sao Paulo et ses 20 millions d’habitants ; Santos est son port ; Santos est sa plage.

Notre quai est situé tout au bout du port, en remontant d’une quinzaine de kilomètres la lagune de Santos, qui traverse et contourne la ville par l’Est et le Nord, et sur les rives de laquelle est établi le port. Et nous voilà, à nouveau comme au théâtre, installés à 40 mètres au-dessus de la ville, à remonter toute cette lagune pendant une heure, à longer ses quais, ses favelas et bidonvilles, ses industries, ses entrepôts, ses rues, ses églises, ses ferries… A croire que ces cargos sont faits pour le bonheur des touristes ! Malgré le peu de soleil, les couleurs sont étonnantes, et nous nous régalons du spectacle.

A peine le bateau amarré après sa volte aidée par les remorqueurs, que Rémi et Odile sont déjà là, tout en bas, sur le quai, venus tout spécialement de Sao Paulo pour nous ; le Capitaine nous donne la permission de ne rentrer que demain après midi, et nous voilà partis dans les embouteillages du dimanche soir vers Sao Paulo… nous nous sentons comme des collégiens à l’école buissonnière ! Odile est la sœur de la marraine de notre fille Magali ; nous l’avons croisée cet été en Bretagne, alors qu’elle faisait ses valises pour rejoindre son mari fraîchement installé à Sao Paulo ; elle est une grande voyageuse, après des années chez Air France. Quant à Rémi, c’est un impénitent créateur d’entreprises, ayant décidé, à l’âge où d’habitude ‘on se range’, de s’installer au Brésil pour laisser du champ à ses quatre enfants qui ont repris ses entreprises lyonnaises, et puis surtout parce que … c’est là que çà bouge ! Ils prennent tous deux des cours particuliers de brésilien et de yoga dans leur villa proche du parc d’Ibirapuera, le ‘Central Park’ de Sao Paulo, où ils vont courir tous les matins entre 6 et 7. Le lendemain matin, après le jogging, tout le monde se retrouve sur son ordinateur…. trois semaines que les nôtres n’avaient pas eu de connections Internet ! … d’abord vite mettre en ligne le dernier blog, puis lever ses 438 messages, même pas le temps de consulter les nouvelles du monde – la sharia en Egypte ? Al Quaïda au Mali ? la démocratie en Libye ? Le débat sur le mariage gay ? le duel Copé/Fillon ? la crise de l’Euro ? La Palestine à l’ONU ? La guerre civile en Syrie ? – nous verrons quand nous serons posés pour de vrai quelque part, pour l’instant, il faut vite trouver un bus pour redescendre à Santos, le déchargement s’est passé plus vite qu’espéré, et le Capitaine m’a laissé un message sur mon portable !

Et nous revoilà dans nos cellules du Grande Buenos Aires, nos trois repas à 7h30, 11h et 18h, le doux bercement des vagues dans le ronron du moteur et des ventilations. Bientôt on arrive ! Mais on n’a même pas fini tout le programme qu’on s’était donné ! Chacun refait à nouveau ses calculs dans sa tête : nous sommes le 3 décembre, trois jours au maximum pour aller à Zarate, le 6 au plus tard, puis une journée pour rejoindre Montevideo, le 7, non, ajouter deux ou trois jours de travail en Argentine ; çà nous met en Uruguay le 9 ou le 10, c’est bien çà ? Las ! Le mercredi 5 à 14h, le bateau fait un drôle de bruit de vibrations, comme si on roulait sur de la tôle ondulée ( !), je monte sur le pont ; depuis le matin, nous naviguons en plein brouillard, et la corne de brume travaille toute les 5 minutes ; mais là, le brouillard semble plutôt se lever, et ce sont les hélices d’étrave qui sont au travail pour stopper le bateau. Pas moyen de savoir ce qui se passe, l’équipage n’est pas très causant ; les GPS de nos compagnons montrent que nous sommes en plein océan, à 100 km de la côte la plus proche, l’Uruguay, à 300 km de Montevideo, juste à l’entrée du Rio de Plata au fond duquel se trouve Zarate, à 700 km d’ici, sur le fleuve Parana. Une panne de machines pour les uns ? Le brouillard pour les autres ? L’encombrement du port de Zarate pour Gianni, notre steward ? Ce n’est que le lendemain matin au petit déjeuner, alors que nous sommes toujours empannés, que le Capitaine nous donne quelques explications plausibles : le ‘port’ de Zarate se trouve à 10 h de l’embouchure du rio Parana, avec méandres et étroit chenal balisé ; le rio est bordé de nombreuses et très importantes industries métallurgiques ou automobiles, chez qui le Grande Buenos Aires va faire le plein de marchandises à rapporter en Europe. Et comme nous pouvons le constater, toute la région est plongée dans un épais brouillard ; c’est la chaleur humide des plaines de l’Amazone qui se condense au contact des eaux de l’Atlantique ; les navires ne circulent pratiquement plus dans les chenaux du rio Parana, qui est complètement embouteillé. Le Capitaine finit par nous faire la faveur de ses nouvelles prévisions : au mieux dimanche 9 à Zarate, et le vendredi 14 à Montevideo. Panique chez nos camping-caristes, dont trois épouses arrivent par avion bien avant cette date ! Ils obtiennent du capitaine qu’elle puisse rejoindre le bateau dès leur arrivée à Buenos Aires. Dans la nuit du 6 au 7, la mer se lève avec le vent, le bateau encaisse coups sur coups sur sa poupe, qui font trembler tout le bateau. Vers midi, les machines se remettent en marche, et nous nous dirigeons… plein nord, d’où nous venons… juste histoire d’arrêter de prendre toutes ces lames de travers ! Et puis le temps se remet au beau, la mer se calme, nous finissons par reprendre la route de l’Ouest, vers le fond du ‘rio de la Plata’. C’est dès devant Montevideo, à 300 km de l’embouchure des deux fleuves Uruguay et Parana, que les eaux deviennent toute rouge et boueuses, que nous prenons un pilote, qu’un chenal est défini par des bouées, et que commence notre ‘remontée’ du Parana.

Promis, dès notre arrivée à Zarate, on essaie de vous mettre tout çà sur le blog ! Bonne lecture !

 

Album de photos en cliquant sur le lien ci-dessous:

https://picasaweb.google.com/113501550221338298900/5DeSantosAZarate?authuser=0&feat=directlink

2 thoughts on “5 – 4ème semaine : de Santos et Sao Paulo à Zarate”

  1. Felicitaciones! Sensacional el relato y las fotos de lo realizado hasta ahora. Pienso que al contestarles este mail deben de estar reembarcando para Montevideo despues de una breve pero supongo que muy agradable estadía por Bs.As. con los Miguel y los Stiers. Despues de la espectaculares fotos de los puertos de Brasil no me quiero ni imaginar el “choc” que debe de haber sido el puerto de Zarate!. Un fuerte abrazo y éxitos en la próxima etapa, quedo impaciente a la espera de los siguientes relatos.
    Francisco

  2. Wow! On sent que ça voyage pour de vrai especialemente porque ahora teneis commentarios de los fans seguidores en espanol! DO I have to comment in english to make your blog even more international!

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