2 – Etats d’âmes

Les nouveautés de ce voyage ‘autour du Mont Ararat’ vont, à la réflexion, très au-delà de la découverte de pays peu visités.

Sa genèse d’abord ne résultait pas seulement, comme les précédents voyages en motos, d’un vague programme d’avancer dans notre tour du monde vers des cultures au cœur des problèmes du monde contemporain ; Bernard avait hérité de cette mission d’une année à Beyrouth, d’où il avait pu suivre avec passion nos aventures au milieu des révolutions arabes ; proche d’une retraite bien méritée, il se mit à souffrir comme nous des mêmes symptômes de ‘démangeaisons’ : le Liban étant le vivier de toutes les tensions de la région, il se prit à rêver de revenir de Beyrouth par la route, et par le chemin des écoliers, ‘l’école’ finalement retenue étant celle, tout autour du Mont Ararat, des Turc voisins, des Kurdes rebelles, des Shiites nourrissant le Hezbollah, des Arméniens… (pas très ?) catholiques mais très anti-turcs, et des Géorgiens (pas très ?) orthodoxes mais plutôt anti-russes ! L’objectif initial consiste à rejoindre la Mer Noire avant le mois de décembre en tentant d’échapper aux rigueurs de l’hiver caucasien, puis de passer Noël en famille dans une île grecque. Les Perrin se sont associés avec plaisir à ce voyage automobile qui leur permettait une reconnaissance, sur le terrain, de pays réputés pas très faciles afin d’y retourner plus tard, avec leurs motos, sur la Route de la Soie.

La mise en route ensuite en a été très laborieuse. Initialement, nous devions amener dès le mois de juillet la voiture jusqu’à Beyrouth ; les vols et ferries étaient réservés pour prendre la suite du voyage des Ossent ; mais les développements de la révolution syrienne ont fini par nous empêcher de traverser ce pays, et le ferry alternatif qui devait nous emmener directement de Turquie au Liban s’est prouvé extrêmement aléatoire : nous permettrait-il de façon certaine de quitter le Liban au début du mois d’octobre ? Nous découvrions la difficulté de ce genre de voyage où il faut coordonner les calendriers et desiderata de chacun avec des contraintes économico-politiques. Il est bien plus facile de voyager, soit pendant des mois, avec tout le temps nécessaire pour contourner ces contraintes, soit à dates fixes et pour quelques jours, mais alors en ‘Bidochons/Tours operators’. Enseignement : associer ces deux façons de voyager, c’est tenter l’union de la carpe et du lapin !

La formule enfin est nouvelle ; au lieu de voyager en ‘vieux’ couple, émoussés l’un sur l’autre depuis des décennies, nous voilà à voyager non seulement en voiture, mais successivement ‘en couple masculin’ de sexagénaires, ou à 2 ménages dans l’enceinte d’un habitacle ; nous avons beau être des amis de longue date avec beaucoup à partager, qu’en sera-t-il devant les difficultés inhérentes à ce type d’itinéraire ? Quand l’un des intérêts du voyage à motos est celui de laisser vagabonder ses pensées sous le casque, qu’en sera-t-il du huis clos d’une cabine automobile ? Quand l’une des joies du voyage en couple est celui de la halte à l’hôtel, qu’en est-il aujourd’hui de la mâle camaraderie du temps de notre adolescence ? Et comment seront prises les décisions quand les humeurs de quatre sexagénaires de sexe différent devront être prises en compte ?

Au-delà donc des découvertes des paysages, des peuples et des monuments laissés par les dynasties qui ont successivement régné sur ces régions frontalières situées entre mers Méditerranée, Caspienne et Noire, nous ne manquerons pas de tenter de vous faire partager cette expérience que nous espérons rajeunissante pour nous comme pour vous ! Et si certains de nos lecteurs ont des expériences à nous communiquer, qu’ils n’hésitent pas à nous en faire profiter par des ‘Commentaires’ sur le Blog !

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1 – Une nouvelle tentative vers l’Asie

1 - Ararat 2011

1 – Ararat 2011

Chers lecteurs,
Nous/vous avions laissés en mars dernier sur les routes enneigées de la botte italienne avec nos motos. Nous revoici pour de tout autres aventures sous le signe du chiffre 4. De 2 voyageurs, nous allons passer à 4 : nos amis Marie et Bernard Champanhet ont en effet accepté de se joindre à nos aventures malgré notre réputation de ‘chat noir’ résultant des révolutions arabes nées sur notre passage au cours de l’hiver dernier (cf. ci-dessus le lien vers ‘Les Perrin Chapitre 3’). Ce sont eux qui nous ont proposé de partir, toujours en Honda, mais cette fois en 4×4 (! Honte et trahison !) faire le tour du Mont Ararat, en espérant que notre arche – météo hivernale ou révolutions – ne va pas s’y échouer.
A cette fin, 4 équipes se sont mises en 4 pour préparer ce voyage : Jean-Paul André est allé à Nice tester et acheter la voiture, et l’a conduite à Aubenas (Ardèche), où Edouard Corbin l’a ramenée jusqu’en Annonay, puis Marie l’a drivée jusqu’à Paris, et enfin Thierry Ossent l’a remisée à Versailles depuis le printemps pour l’équiper un peu avec son frère Patrice, pendant que Philippe s’occupait de préparer la paperasserie pour les frontières à venir, et que Bernard coordonnait cette activité fébrile à partir de Beyrouth (Liban), où il est basé jusqu’à la mi-octobre. Fin de la première étape préparatoire.
2° étape : le 30 juin 4 Ossent ont pris la route du Sud : Thierry & Aude, Patrice & Brigitte : Versailles, Suisse, Italie, Grèce, arrivée à Athènes. Avant de vous régaler de leur compte-rendu (ci-après), un bref aperçu des 3° et 4° étapes qui nous/vous attendent : sauf imprévu, début octobre, Philippe récupére la voiture au Pirée avec son cousin Marc Perrin pour l’amener à Antioche, puis les 4 ‘titulaires’ d’Antioche pour les 4 pays qui entourent le Mont Ararat : le Kurdistan turc, le Nord Ouest de l’Iran , l’Arménie et la Géorgie. Retour vers l’Ouest par la Turquie à nouveau (côte sud de la mer Noire), Istanbul, la côte turque de la mer Egée et le retour en France. Pour être précis, Véronique et Marie ne rejoindront malheureusement leurs maris qu’en pointillé 15 jours par-ci 3 semaines par-là compte tenu de leurs engagements parisiens; nous vous tiendrons au courant.

mail envoyé le 6 juillet par les OSSENT du ferry qui les emmenait de Brindisi (Italie) à Patras (Grèce)

Chers tous
Nous sommes à 2000 km de la base, et Madame Honda tient toujours vaillamment la route. Après Genève, Florence, Sienne, Assise, nous séjournons dans les Pouilles à San Giovani Rotondo, la patrie du Padre Pio. Ce soir, ferry pour Patras.
L’aisance de Patrice en italien est notre premier atout, il se renseigne, négocie, et remet au pas ceux qui essaient d’abuser de la bonne volonté des touristes que nous sommes. Son sens du défi et la ténacité qui le caractérisent lui ont permis de repousser les limites de l’attendu, comme garer la voiture sur la place de la basilique de Sienne (ville interdite aux voitures rappelons-le…) ou obtenir des médicaments de classe III chez le pharmacien sans ordonnance… Bref avec lui on flirte sans cesse avec le miracle. De son côté il flirte plutôt avec les lignes jaunes et les limitations de vitesse, mais nous appliquerons sans scrupule la règle d’or du voyage : chacun paie pour ses PV !
Thierry est le sherpa (pluriel = sherpe) attitré de Aude. Sa principale interrogation ces trois derniers jours est : “mais pourquoi les sites touristiques italiens sont-ils tous sur des collines ?” Le pauvre a vécu deux drames que l’entraide du groupe l’a aidé à traverser. Il s’agit de la perte de sa casquette, et de la disparition d’un verre de contact dans le siphon du lavabo. Heureusement Bernard avait judicieusement placé dans la voiture une trousse à outils dans laquelle il a puisé les pinces nécessaires au démontage du lavabo. A minuit il n’a pu se rendre qu’à l’évidence : la lentille avait disparu corps et biens.
Aude est courageuse dans l’adversité mais elle profite bien du voyage. Sa carte “bleue” nous ouvre de nombreuses facilités comme les parkings ou les entrées de musée gratuits. Je sais qu’elle réfléchit déjà à la conception d’un nouveau fauteuil, qu’elle appellera “Speedor” (appellation réservée aux latinistes bien sûr), du type 4×4, avec suspension hydropneumatique et GPS.
Brigitte enfin est notre guide, notre référence, elle a organisé toutes les visites, elle les commente, son calme est bénéfique à tous dans la voiture quand il faut choisir une route alors que les trois indications de la carte, des panneaux et du GPS sont contradictoires…
Nous nous remplissons les yeux de cette Italie pleine de trésors, avec une petite appréhension pour la Grèce à venir : les moeurs et la langue nous isoleront autrement. Sans compter la nationalité française que nous partageons avec Madame Lagarde et qui ne sera pas forcément le bon vade mecum (je ne sais pas la traduction en grec).
Bien à vous.
Thierry, Aude, Patrice et Brigitte

mail envoyé le 9 juillet par les OSSENT d’Athènes

Chers amis
Nous terminons ce soir les valises pour prendre l’avion demain matin. Avec une certaine émotion bien sûr car ces 10 jours ont été merveilleux. Vous avez en fin de mail un lien vers le site Picasa qui héberge quelques photos pour vous.
Nous vous avions laissés la dernière fois en Italie, en partance pour la Grèce. Nous avons quitté cette Italie avec regret car il y fait vraiment bon vivre, même dans les Pouilles, à condition d’aimer le soleil et les olives bien sûr. La région des Trulli que nous avons visitée est très originale, une bizarrerie architecturale dont nous avons mal compris l’origine et la raison, mais nous y étions très bien. Nous n’avons hélas pas poursuivi jusqu’en Calabre alors qu’on nous avait dit que c’y était le pied. Tant pis ! (je crains qu’il n’y ait que les lecteurs géographes qui comprennent celle là…).
Après le pont de Rion-Antirion, le golfe de Corinthe nous a accueilli pour une halte digne des meilleurs paysages tropicaux, sable, mer bleue, paillotes, et température douce. De quoi nous mettre en forme pour affronter la visite du site de Delphes. Là encore Patrice a obtenu ce qu’aucun touriste n’a jamais obtenu, c’est à dire rentrer la voiture dans le site, exactement au dessus du théâtre, ce qui a mis Aude immédiatement à pied d’œuvre. Nous avons donc visité Delphes en descendant, sans fatigue, avec Speedo dans les pierres et les escaliers, là aussi un record.
A propos de Speedo, Aude est déjà sur les plans de Speedor II qui devrait être un engin à chenilles capable de monter les escaliers.
La halte suivante était une merveille de petit monastère (Osios Lucas), choisi par Brigitte qui a vraiment été inspirée, et la route nous a menés tranquillement à Athènes. L’Acropole, le Musée, le Parthénon, diner sur le Mont Lycabette, la totale. Et aujourd’hui le Cap Sounion, mer bleue profond, soleil de plomb, mais malheureusement beaucoup trop de vent.
Pour l’anecdote notons que Patrice a quand même été mis en échec puisqu’il a été incapable de monter la voiture au Parthénon. C’était un peu la honte. Nous sommes donc montés à pied, et quand il est redescendu de la visite pendant laquelle il avait offert à Ra pendant 3 heures son front dégarni, il titubait un peu. Nous n’avons pas très bien compris s’il avait bu trop de bières ou vu trop de pierres, en tout cas il n’était plus trop fier et a dormi toute l’après-midi. Pendant notre visite Aude avait suivi un circuit plus touristique en bus dans les rues d’Athènes, nous regrettons bien sûr autant qu’elle qu’elle n’ait pas pu monter.
Avec le grec nous revenons avec joie aux origines de notre grammaire. Sortie se dit Exode, descente se dit Cathode (et j’imagine que la montée est l’Anode), surcharge se dit Hyperbare, oui se dit Ne …et je crois que non se dit Savapalathêt.
Madame Honda est maintenant au chaud dans un parking dont on ne sait pas encore quand elle sortira. Le deal avec le garage est passé jusqu’au 6 octobre, ensuite advienne que pourra. Elle nous aura rendu de fiers services, elle est confortable (aussi bien à l’avant qu’à l’arrière), elle est fonctionnelle, on la quitte avec regret. Un bon choix.